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L’exercice du pouvoir par Kaïs Saïed continue d’ensevelir les espoirs portés par les tunisien-nes pendant la révolution de 2011. Nous déplorons l’emprisonnement de centaines de personnes dont le dénominateur commun est d’avoir exprimé une opposition au régime.

Et il en faut peu pour froisser le pouvoir tunisien. Qu’il s’agisse de commentaires superficiels ou d’arguments politiques motivés, Kaïs Saied met tout ce monde au pas grâce aux largesses auxquelles sont familiers les gouvernements autoritaires. // La réponse prend des proportions démesurées amenant à des arrestations et à de la prison ferme.

Un tournant répressif permis par le détournement de la consitution pour s’arroger les pleins pouvoir, sans la mise en place du Conseil Constitutionnel censé servir de garde fou. La révocation de 57 magistrats qui auraient pu exercer un contre-pouvoir par un décret le 1er juin 2022, ainsi que le placement des juges, achève la soumission de l’ensemble de l’appareil judiciaire.

[L’ambivalance des démocratures encourage toutefois à préserver des apparences de démocratie, même si de moins en moins tant le fascisme se diffuse et éprouve les seuils d’acceptabilité à l’échelle mondiale.]

Les gouvernements d’Europe comme la France ou l’Italie ne déconceront pas cette montée de l’autoritarisme, comme ces pays profitent des forces tunisiennes pour maintenir à distance les migrants renvoyés en Lybie par un circuit documenté (https://statetrafficking.net/) comme étant de la traite d’êtres humains par l’Etat. En empochant 250 millions d’euros par an, la Tunisie devient ainsi un sous-traitant des politiques européennes hostiles aux migrant-es. [Les frontières tuent]

La lutte contre la corruption ou contre le terorrisme, les menaces à la souveraineté de l’Etat, sont des motifs récurrents et suffisamment fourre-tout pour permettre l’enfermement sur des soupçons et non des preuves. De nombreuses personnes sont ainsi placées en détention préventive en l’attente d’un jugement, sans en justifier de la nécessité. {éviter de nouvelles infractions, comme une garantie de l’exécution de la peine ou comme un moyen d’assurer la sûreté de l’information}

Enquêtes et éléments à charge sont manquants durant les 14 mois de rétention précédent le jugement. [suite à une éventuelle libération passés ces 14 mois, il suffit d’invoquer une autre affaire pour remettre en prison la personne dans les mêmes conditions, donc sans jugement ni preuves]

Les durées longues de ces emprisonnements sans jugement portent en elles la conviction de culpabilité des accusé-es, renversant la présomption d’innocence. Il n’est donc plus question de justice, mais de [torture|séquestration|répression] à usage politique. Le jugement, s’il survient après les 14 mois qui sont la durée maximale théorique de la détention préventive ne vient que confirmer l’arbitraire des décisions qui ont déjà été prises.

En voici quelques illustrations.

Rached Tamboura a ainsi été arrêté le 17 juillet 2023 pour avoir insinué dans des graffitis que Kaïs Saïed, ayant repris dans son discours officiel la rhétorique nauséabond des zemmouriens de France, était raciste et fasciste. [En France la peine maximale pour diffamation publique est une amende de 45000€. Ici, il ne s’agit même pas de diffamation puisque des observations montrent que c’est factuel, entrainant pourtant 2 ans de prison ferme.]

Mustapha Djemali, âgé de 80 ans et en détention depuis mai 2024 pour avoir supposément participé à l’hébergement illégal de migrant·es.

Sihem Bensedrine

Jaouhar Ben Mbarek ?

[ Le texte fait des constats qui ont déjà été faits 1000 fois, peut-être devrait-on ajouter la question de comment agir ] genre une adresse de contact ? un lien vers les sites d’info ? pétition ? proposer d’écrire des lettres pour dénoncer l’exercice du pouvoir, à destination du consulat ? Ça, Amnesty et les autres le font déjà bien. Plutôt foutre la pression, de la perturbation. J’ai en tête une scène au Liban, où les gens ont envahi et zbeulé des bâtiments officiels, en jetant les dossiers par les fenêtres des immeubles administratifs. Je ne suis plus sûr du contexte, mais ça faisait peut être suite à l’explosion au Nitrate qui a eu lieu au port de Beyrouth, car ça montrait que l’Etat n’en a rien à foutre des habitants qui vivent à proximité et au delà https://www.watson.ch/fr/international/liban/334248875-les-emeutes-se-multiplient-a-beyrouth-un-an-apres-l-explosion [ou bien était-ce ça ? Ici, ça parle plus généralement d’austerité :] https://www.infolibertaire.net/tripoli-liban-quatrieme-nuit-demeute-les-batiments-des-autorites-incendies/#/

[On peut aussi ptet mettre une phrase pour dire : oui la corruption et … sont des problèmes, mais il faut un ensemble de conditions pour que lutter contre soit possible.] oui ça m’a fait bizarre aussi à la lecture. C’est pour ça les ("). Peut-être en trouvant un autre terme que “flou”. Ou formuler quelque chose dans la conclusion flou -> fourre-tout

Texte que l’on souhaiterait diffuser 1 (version 2)

En Tunisie ce n’est pas le printemps

L’exercice du pouvoir par Kaïs Saïed, l’actuel président, continue d’ensevelir les espoirs portés par les tunisien·nes pendant la révolution de 2011. Nous déplorons l’emprisonnement de centaines de personnes dont le dénominateur commun est d’avoir exprimé une opposition au régime.

Et il en faut peu pour froisser le pouvoir tunisien. Qu’il s’agisse de commentaires superficiels ou d’arguments politiques motivés, Kaïs Saied met tout ce monde au pas par les outils de répression auxquelles sont familiers les gouvernements autoritaires. La réponse prend des proportions démesurées amenant à des arrestations et à de la prison ferme.

Un tournant répressif est pris lorsque Saïed dissous le Conseil supérieur de magistrature, l’organe de supervision judiciaire indépendant qui protège les juges de l’influence du gouvernement. Le 1er juin 2022, il prends le décret-loi n° 2022-35 qui lui permet de révoquer arbitrairement 57 juges et procureurs qui auraient pu exercer un contre-pouvoir et qui ne seront pas réintégrés par la suite, ce qui achève la soumission de l’ensemble de l’appareil judiciaire.

[L’ambivalance des démocratures encourage toutefois à préserver des apparences de démocratie, même si le fascisme se diffuse de plus en plus et éprouve les seuils d’acceptabilité à l’échelle mondiale.]

Les gouvernements d’Europe comme la France ou l’Italie ne dénonceront pas cette montée de l’autoritarisme, comme ces pays profitent des forces tunisiennes pour maintenir à distance les migrants renvoyés en Lybie. Ce circuit est documenté comme étant de la traite d’êtres humains par l’Etat*. En empochant 250 millions d’euros par an, la Tunisie devient ainsi un sous-traitant des politiques européennes hostiles aux migrant·es. Les frontières tuent.

La “lutte contre la corruption” ou “contre le terorrisme”, les “menaces à la souveraineté de l’Etat”, et la “diffusion de fausses informations” sont des motifs récurrents et suffisamment fourre-tout pour permettre l’enfermement sur des soupçons et non des preuves. De nombreuses personnes sont ainsi placées en détention préventive en l’attente d’un jugement, sans en justifier de la nécessité. Cette détention peut durer jusqu’à 14 mois. Passé ce délai, il suffit à l’État d’invoquer une autre affaire pour remettre en prison la personne dans les mêmes conditions, donc sans jugement ni preuves.

Les durées longues de ces emprisonnements sans jugement portent en elles la conviction de culpabilité des accusé-es, renversant la présomption d’innocence. Il n’est donc plus question de justice, mais de séquestration et de répression à usage politique. On peut même parler de torture.

Rached Tamboura a ainsi été arrêté le 17 juillet 2023 pour avoir insinué dans des graffitis que Kaïs Saïed, ayant repris dans son discours officiel la rhétorique nauséabond des zemmouriens de France, était raciste et fasciste.

Mustapha Djemali, âgé de 80 ans, est en détention depuis mai 2024 pour avoir supposément participé à l’hébergement illégal de migrant·es.

Sihem Ben Sedrine est détention préventive depuis le 1er août 2024 suite à une plainte l’accusant d’avoir falsifié le chapitre sur la corruption dans le secteur bancaire inclus dans le rapport final de l’Instance Vérité et Dignité (IVD). L’IVD a enquêté sur les violations des droits humains commises par l’État tunisien entre 1955 et 2013, transmettant un rapport dans lequel sont poursuivis plus de 1000 responsables sécuritaires.

Jaouhar Ben Mbarek, opposant de gauche à Kaïs Saïed et co-fondateur du Front de salut national, est arrêté le 24 février 2023 pour une affaire de complot contre la sûreté de l’Etat. Le 24 février 2024, il est condamné par un tribunal de Tunis à six mois de prison pour avoir qualifié les législatives de 2022 de “coup d’État ridicule”.

Beaucoup d’autres personnes sont enfermées sans raison, parfois sans jugement. Contestons cette justice mise au service du pouvoir, éxigeons la liberté pour les prisonnier·ères, pour les activistes.

À bas l’État, les flics et les fachos !

*Un rapport intitulé State Trafficking (« Traite d’État »), présenté le 4 février au Parlement européen, accuse la Garde nationale et l’armée tunisiennes de vendre des exilé·es noir·es à des réseaux criminels libyens. Un collectif de chercheur·es ont recueillis trente témoignages auprès d’Africain·es expulsé·es de la Tunisie vers la Libye. De ces témoignages concordants, il ressort que, sous couvert de lutter contre la « migration illégale » vers l’Union européenne, certains services tunisiens pratiquent de façon organisée la vente d’êtres humains à la frontière. https://statetrafficking.net/

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